Nous avons tou·te·s besoin de manger si nous voulons travailler, s’organiser et lutter ensemble. Le comité Beans du chapitre de Montréal revient sur la préparation d’une fin de semaine de formation en mai dernier et explique pourquoi les organisations de travailleurs gagnent à mobiliser des ressources et des efforts collectifs pour nourrir les camarades en lutte.

Alliance Ouvrière a récemment offert une formation de deux jours aux organisateurs et organisatrices en milieux syndiqués. Nous, le tout nouveau comité Beans (« 🫘 »), avons veillé à nourrir tou·te·s nos camarades tout au long de la formation: collations, repas du midi et café étaient prévus pour chacune des journées. Le comité a mobilisé 200 $ ainsi qu’au moins sept bénévoles et, après compte, des dizaines d’heures de travail. Voici comment on a fait.
I. Planification
La responsable à la vie politique d’AO avait informé les coordonnateurs et coordonnatrices du 🫘 de la formation plusieurs mois à l’avance, dès les premières étapes de sa planification. Elle nous a communiqué la date de la formation ainsi que le nombre des personnes attendues et nous avons convenu d’un plan de base. Quelques semaines avant, deux d’entre nous ont élaboré un plan détaillé précisant exactement ce que nous allions apporter. Nous avons trouvé des recettes et préparé des listes de courses. Nous avons établi un budget et obtenu l’approbation du trésorier. Nous avons présenté nos plans à nos camarades et sollicité leur avis. Nous avons demandé s’ils et elles seraient disponibles pour nous aider. Nous nous sommes réparti les tâches.
II. Préparation
À trois, nous avons préparé de la nourriture en quantité. Souvent nous cuisinons ensemble, mais cette fois-ci, nous étions chacun de son bord. L’une d’entre nous a apporté du chili, du riz et deux gâteaux au café. Une autre s’est occupée des biscuits et d’un gâteau. Un troisième camarade bénévole a préparé un pâté chinois.
III. Coordination
Nous avons ensuite coordonné les échanges entre les personnes qui devaient conserver la nourriture chez elles, celles en auto qui étaient chargées de la livrer jusqu’au lieu de la formation et les camarades qui allaient faire l’animation.
IV. Magasinage
Nous étions deux à faire les courses pour ramasser les provisions et le matériel nécessaires (assiettes, tasses, fourchettes, etc.). Nous avons conservé les reçus pour les remettre au trésorier.
V. Transport
Toujours à trois, nous avons effectué plusieurs allers-retours au cours des deux journées afin d’acheminer des collations et des repas tout au long du week-end. Nous avons également rapporté les restes et le matériel emprunté à sa conclusion après la formation.
VI. Soutien
Tout au long du processus, on s’est entraidés de plusieurs façons. On a cuisiné et fait des biscuits ensemble, on s’est rassurés entre nous quand on doutait de pouvoir tout gérer. On était simplement là les uns pour les autres.
Le comité Beans s’occupe de la bouffe lors des événements d’AO. Nous n’utilisons pas nos maillets à viande pour écraser le vol systématique qui produit l’insécurité alimentaire au sein de la classe ouvrière (c’est à ça que sert, la grève politique). Sans idéaliser l’importance du comité dans la lutte des classes, nous croyons y intervenir de façon concrète et significative, notamment par les moyens suivants.
- L’insécurité alimentaire généralisée est un outil (parmi plusieurs) pour arracher des concessions des mains de la classe ouvrière. Lorsque vous, vos collègues et vos proches êtes en train de crever de faim, vous êtes disposés à tolérer un degré d’exploitation toujours plus élevé afin de mettre du pain sur la table.
- Bien que le 🫘 n’ait pas (encore) nourri les masses en grève, il est sans doute que certain·e·s parmi les travailleuse·eur·s qui sont venu·e·s assister à un événement d’AO au cours des six derniers mois sont arrivé·e·s le ventre vide. Nombreux sont donc ceux que notre comité a pu nourrir depuis sa création. Nous avons tou·te·s besoin de bien s’alimenter pour participer pleinement et régulièrement; et le 🫘 en a fourni autant que possible, tout en restant à l’écoute de toute question ou commentaire sur les meilleures moyens d’en faire davantage, et mieux.
- En tant que comité, nous croyons fondamentalement que cuisiner et manger anime nos vies de sens et nous sommes ravi·e·s de mettre la main à la pâte pour le faire. Nous faisons du traiteur pour 15 personnes pour 200 $ (sans compter la valeur du matériel et du travail donné), soit environ 13 $ par personne. En l’an de grâce 2026, il n’y a qu’une seule façon de fournir deux dîners chauds et quatre collations à ce coût-là: en mettant en commun nos ressources pour cuisiner, en partant de zéro. Malgré le coût non-négligeable, les membres qui font les courses ne peuvent pas se permettre de mettre 200 $ sur des ingrédients et du matériel.
Dans le passé, nous avons approvisionné tou·te·s nos camarades sans demander de contributions, même à un coût personnel important, et nous continuons de compter sur des dons, y compris la main-d’œuvre et les prêts de matériel, en très bonne partie. À long terme, particulièrement à mesure qu’AO prend de l’ampleur, nous encourageons fortement nos camarades disponibles de nous rejoindre afin qu’on puisse produire en quantité suffisante et de façon fiable pour nos événements.
Dans une grève politique, est-ce une bonne stratégie de compter sur le salaire de votre employeur pour vous nourrir? Non. Quand vous et vos collègues débrayez et que les paies arrêtent de rentrer, vous devez quand même manger; vos collègues le savent, et votre patron aussi. Et je peux vous garantir que le pouvoir est plus fort lorsque le patron voit le monde en train de discuter, chiller et manger ensemble au piquet de grève.
Quand vous lui montrez qu’il n’y a personne d’affamé et que la seule chose dont vous avez envie est une convention qui a de l’allure (ou quelque chose de beaucoup plus important), le patron ne peut plus utiliser votre faim comme levier pour vous forcer à retourner au travail.
Nourrir une grève politique demande des ressources, des connaissances et un savoir-faire précieux, et c’est un travail que tout le monde devrait assumer ensemble. Sinon, nous laissons une partie de notre pouvoir sur la table et nous exposons à la défaite. Pour l’instant, le comité Beans travaille uniquement au sein d’AO, mais nous sommes heureux d’offrir notre aide et de partager nos compétences avec tout groupe de travailleuses et de travailleurs qui cherche à s’organiser pour se nourrir.
Le 🫘 a besoin de vous! Pour pouvoir faire les courses et continuer à se nourrir ensemble, nous comptons sur le versement des cotisations à AO et sur la participation de ceux et celles qui ont envie de s’impliquer. Plus précisément, nous recherchons des bénévoles qui peuvent:
- Planifier des repas, proposer des idées et/ou rédiger des budgets
- Se déplacer en auto et/ou faire les courses
- Cuisiner et/ou donner un coup de main en cuisine
- Coordonner la livraison de nourriture et de matériel pour les événements d’AO
- Servir les repas lors de nos événements et/ou aider au ménage à la fin
- Autre chose (à vous de proposer!)
Envoyez-nous un message sur les réseaux, écrivez-nous à alliance.ouvriere1@gmail.com, ou demandez à un·e camarade d’AO de vous diriger vers un·e ou plusieurs de nos coordos. Nous avons hâte de vous compter parmi nous.
