Les débardeurs de Gênes bloquent les ports, mais ouvrent la voie!

En refusant de charger des armes, les débardeurs génois posent les bases d’une résistance ouvrière contre l’offensive patronale et militariste.

Des débardeurs du CALP près du port de Gênes lors de la grève nationale « Bloquons tout », le 22 septembre 2025. (REUTERS/Matteo Minnella)

« Si, ne serait-ce que pendant vingt minutes, nous perdons contact avec nos camarades de la flottille, nous bloquerons toute l’Europe : des quais de Gênes, pas un seul clou ne partira, ce sera une grève mondiale. »

— Riccardo Rudino, membre du CALP, 30 août 2025

Le 7 mai prochain, les ports italiens seront à l’arrêt. À l’appel du Collectif Autonome des Travailleurs Portuaires (CALP), basé à Gênes, les débardeurs mèneront la charge contre le gouvernement Meloni et l’agenda militariste de la bourgeoisie internationale. En effet, le réarmement, érigé en politique industrielle, n’est pas une spécificité de notre premier ministre, Mark Carney, dont le gouvernement a massivement augmenté ses dépenses militaires dans son dernier budget, creusant un déficit de 78 milliards1. Il s’agit du projet porté simultanément par les États capitalistes occidentaux, en profonde crise économique et politique, qui invitent leurs travailleurs et travailleuses à se massacrer les uns les autres plutôt qu’à faire face aux problèmes urgents qui menacent notre espèce.

La grève des portuaires cherche à obtenir l’amélioration des mesures de santé et de sécurité, impliquant directement les ouvriers dans leur mise en œuvre, de meilleures conditions salariales, la fin de la précarisation des travailleurs temporaires, l’arrêt du transport de matériel militaire dans les ports civils et l’embargo total sur les biens acheminés vers Israël.

Depuis sept ans, le CALP lutte contre les guerres injustes en refusant de manutentionner les navires transportant des armes. Il a d’abord mobilisé ce levier politique ouvrier afin de bloquer les cargaisons d’armes de l’entreprise saoudienne Bahri Logistics, destinées à alimenter les violentes campagnes saoudiennes et émiraties contre les Houthis2. Plus récemment, ce sont les livraisons d’armes complices du génocide des Palestiniens qu’ils ont perturbées. On leur doit par ailleurs l’initiative de la grève générale d’octobre dernier, en réponse à l’interception de la flottille Sumud pour Gaza le 3 octobre 2025. Rappelons que cette grève a mobilisé plus de 2 millions de personnes issues de la population ouvrière et étudiante italienne. Ils ont alors paralysé l’Italie en bloquant de nombreux ports (Naples, Salerne, Livourne, Gênes), gares (Porta Nuova, Centrale, Cardona, Termini), universités (Milan, Bologne, la Sapienza de Rome) et autoroutes (A4, RA1, A51)3.

Né en 2011 et porté par la frustration d’un groupe de travailleurs et travailleuses face au refus de la CGIL (principale confédération syndicale en Italie) de soutenir le mouvement étudiant contre Berlusconi, le CALP prend d’abord position en faveur d’une organisation syndicale inter-catégorie et inter-entreprise. Cette posture signale l’émergence d’une lutte commune parmi les travailleurs  de la dizaine d’entreprises qui opèrent au port de Gênes.

Le collectif génois fournit un exemple éloquent d’une organisation politique du travail qui réalise une alliance concrète entre les aspirations économiques et politiques des travailleurs et travailleuses, tout en promouvant simultanément des intérêts matériels immédiats et des valeurs progressistes audacieuses.

L’organisation autonome fait ses armes en revendiquant l’égalité salariale, la dignité des travailleurs immigrants et la stabilité d’emploi pour tous. Rapidement, le CALP ouvre une salle de sport pour ses membres régulièrement confrontés aux nervis fascistes du groupe CasaPound, qui n’hésite pas à faire le coup de poing4. Il ouvre également un restaurant sur le port qui sert de lieu d’organisation politique et de sociabilité.

Contre la précarisation, les attaques fascistes contre les travailleurs migrants en grève, les réformes autoritaires de Meloni et la course à la guerre, le CALP se place en avant-garde, n’hésitant pas à transformer le lieu de production en un levier politique. Son action ne s’enferme pas dans le localisme : elle s’étend à d’autres ports italiens, aide à la mise sur pied d’un autre collectif portuaire à Livourne, s’allie, dans les territoires, aux militants autonomes pour défendre les centres sociaux face à la police, et rejoint les portuaires de Marseille, Tanger et Thessalonique dans son embargo ouvrier contre l’entité sioniste.

La solidarité n’est pas qu’un bon sentiment pour les travailleurs et travailleuses. Elle est le ciment d’une coopération de classe au service de nos intérêts matériels et, ultimement, de la réalisation d’un monde où l’égalité, la liberté et la bonne vie ont une base réelle. Alors que l’offensive des patrons continue et que l’impérialisme dirige la classe ouvrière dans une conflagration militaire mondiale, les portuaires du CALP sont un exemple pour les travailleurs et travailleuses du monde.

  1. Maxim Fortin et Guillaume Tremblay-Boily, « Budget fédéral 2025 : un Canada assujetti au secteur privé et à l’industrie militaire », Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS), 4 novembre 2025. ↩︎
  2. « We Can’t Be at Peace With Ourselves If We’re Complicit in Saudi’s War : Interview with Collettivo Autonomo Lavoratori Portuali », trad. Bethan Bowett, Jacobin, 15 février 2020. ↩︎
  3. Necva Taştan Sevinç, « Italy paralyzed by general strike observed in solidarity with Gaza flotilla », Anadolu Agency, 3 octobre 2025 ; Gavin Blackburn et Giorgia Orlandi, « L’Italie paralysée par une grève nationale en solidarité avec la flottille d’aide à Gaza interceptée », Euronews, 3 octobre 2025 ; Laura Serloni et Rory Cappelli, « Sciopero per Flotilla e Gaza, due milioni in piazza. Piantedosi : ‘Da Cgil appello a rivolta sociale’ », la Repubblica, 3 octobre 2025. ↩︎
  4. Par exemple : « Ciampino, maxi-rissa a un concerto. I testimoni : ‘Aggrediti dai fascisti’ », la Repubblica, 7 juin 2012. ↩︎