Il fait bon être au Parc Jean-Drapeau sauf si on y est col bleu | par le CO du Parc

Les travailleuses et les travailleurs du Parc Jean Drapeau étaient en grève ce 21 septembre 2026 après avoir refusé massivement l’offre patronale.

Introduction

Les cols bleus du Parc Jean-Drapeau sont sans contrat de travail depuis la fin de 2023. Leurs salaires n’ont pas augmenté depuis mars 2020. Les négociations du prochain contrat ont pris presque un an avant de commencer, et on n’envisage la possibilité d’une entente que depuis cet été. Les membres du syndicat évoquent plusieurs causes de cette lenteur: des rencontres annulées parce que l’employeur aurait négligé de s’y préparer, des changements au sein des équipes de négociation, des vacances et l’application d’une rubrique d’évaluation qui exige une consultation approfondie et prolongée.

Un rattrapage salarial qui tarde

Au début des négociations du printemps 2024, les membres du syndicat avaient plusieurs revendications, dont un horaire offrant un meilleur équilibre entre la vie et le travail, et l’amélioration de l’accessibilité aux régimes de santé collectifs, qui excluent présentement un grand nombre de travailleurs.euses saisonniers.euses.ères qui n’ont pas 5 ans d’ancienneté ou qui ne travaillent pas en hiver. La priorité principale des membres restait cependant le rattrapage salarial.

Depuis la signature du dernier contrat de travail, les loyers à Montréal et aux alentours ont doublé, et les travailleurs et travailleuses subissent au quotidien les énormes augmentations des prix des biens et services, avec une inflation de plus de 23% depuis 2020. 

Selon l’Institut de recherche et d’information socio-économiques (IRIS), à Montréal en 2026, la revenu viable après impôt pour une personne seule s’élève à 41 585 $: une hausse de 44.48% comparé à 2021. En conséquence, plusieurs de nos collègues du Parc Jean-Drapeau vivent dans la pauvreté, même en travaillant à temps plein. Autrement, pour vivre décemment, ils doivent occuper plusieurs emplois ou travailler en temps supplémentaire.

Les employé.es du Parc sont sous-payés.es par rapport à leurs équivalents dans le service public. Alors que les préposé.es à l’entretien ménager au Parc Jean-Drapeau sont rémunéré.es à 21,06 $ par heure, soit environ 2 000 $/mois net, des postes similaires dans les écoles, les universités, les services de transport en commun et à la Ville de Montréal sont payés entre 25 $ et 32 $ de l’heure depuis plusieurs années déjà. Cette différence de revenus rend difficile pour le parc d’embaucher et de retenir des employés.ées à l’entretien ménager. Plusieurs ont d’ailleurs rapporté que des responsables feraient des blagues sur le fait que « ils méritent peut-être une ou deux piasses d’augmentation ».

On remarque qu’un écart salarial similaire s’observe pour plusieurs autres fonctions au parc. 

Un travail essentiel méprisé par les boss

Nous sommes celles et ceux qui permettons au parc Jean-Drapeau d’accueillir les événements d’envergure dont les cadres et les directions aiment tant s’attribuer la réussite : le Grand Prix, le Festival Osheaga, le Mondial de cyclisme. Leurs salaires à 5 ou 6 chiffres sont pour ces gestionnaires la récompense de cette réussite. Pourtant, tous ces happenings qui doivent faire briller Montréal à l’international donneraient une image bien différente si les jardins n’étaient pas entretenus, les pelouses n’étaient pas coupées, les vidanges n’étaient pas ramassées et les toilettes n’étaient pas lavées. D’innombrables mariages, des fêtes de Noël, des pique-niques entre amis, des célébrations familiales et d’autres moments de joie pour les citoyens de Montréal et ses touristes sont possibles grâce à notre travail.

La reconnaissance des boss se limite à des courriels, des hot dogs, et des bouteilles d’eau réutilisables, quand ils n’ignorent pas tout simplement la contribution et la compétence des travailleurs et des travailleuses du parc.

Par exemple, un ancien collègue à l’entretien a remarqué un jour que certains travaux se faisaient trop tôt dans la préparation des Paddocks pour la F1. Le roulement constant sur le site entraînait une répétition des tâches, qu’on pourrait optimiser grâce à une meilleure planification. Conséquemment, ce collègue a préparé un document d’une trentaine de pages pour améliorer la préparation du site. Il l’a ensuite partagé avec ses supérieurs qui l’ont complètement ignoré. Ce collègue a quitté son emploi peu après.

De même, les fameuses Mosaïcultures, qui attirent l’admiration et les revenus des gens du monde entier, ont été confiées à notre équipe d’horticulture sans qu’on les forme ni les instruise sur leur entretien. Nos horticulteurs et horticultrices ont appris à entretenir les jardins-sculptures par essais et erreurs, en exploitant leur créativité et au prix de leur sueur et de leur sang. Ils étaient alors soumis à la pression de la direction qui tenait à faire fructifier cet investissement de plusieurs millions de dollars.

Alors que la directrice du parc peut prendre des vacances payées à Monaco et en Australie pour visiter les Grands Prix, nos efforts ne méritent ni reconnaissance ni repos. Les cols bleus travaillent en grande partie des quarts de 10 heures, dont seules 30 minutes sont réservées à une pause sanctionnée. Plusieurs collègues rapportent avoir été réprimandés verbalement par leurs responsables pour avoir pris le temps de souffler ou de se ramasser un café à la cafétéria le matin. 

Le temps est mûr pour s’organiser

Dans ces circonstances de travail néfastes pour les cols bleus du parc, comment décrire l’état de nos négociations actuelles ?

Décrissantes, pour le dire franchement. Récemment, la Ville s’est mêlée de nos négociations et a fait pression pour revoir l’offre patronale à la baisse par crainte que les cols bleus de Montréal prennent prétexte de nos nouvelles conditions salariales pour exiger de plus grandes augmentations. De même, le Parc s’est arrangé pour proposer une offre en fin de saison, alors que de nombreux cols bleus saisonniers sont mis à l’arrêt pendant plusieurs mois. Ils ont ainsi attendu que nous soyons le plus démobilisés possible.

Le 14 septembre dernier, les près de 300 cols bleus du Parc ont refusé l’offre patronale à plus de 95%. La direction syndicale a décrété une journée de grève le 21 septembre en accord avec la volonté des syndiqués et des syndiqués qui avaient voté pour un tel moyen de pression plus tôt cette année et dont l’ardeur avait été refroidi jusque là par cette direction.

Aujourd’hui, nous sommes nombreux et nombreuses à vouloir mener une lutte syndicale plus agressive. Après tout, ce sont nos conditions matérielles de vie qui sont en jeu. Tout comme les cols bleus de Montréal jouent un rôle essentiel à la Ville, nous jouons un rôle essentiel au fonctionnement du parc Jean-Drapeau. Il est temps que nous nous servions de notre nombre et de notre pouvoir pour faire comprendre aux administrations que leurs manigances et leur mépris ne peuvent pas durer. Si les boss sont solidaires, il faut que les travailleurs et les travailleuses le soient aussi.

La lutte pour de meilleures conditions de travail n’est pas du chialage, ni de l’avarice: c’est une lutte pour la dignité humaine. Une lutte pour pouvoir prendre soin de nos enfants, de nos corps, de nos esprits, et pour pouvoir faire notre part pour notre société avec fierté. Nous méritons tous et toutes de pouvoir satisfaire ces aspirations, malgré les comportements, attitudes, et propos contraires des patrons. 

À tous les travailleurs et toutes les travailleuses qui lisez ceci et cherchez la même chose: luttons ensemble pour un meilleur avenir.