
Introduction
151 M$ de compressions budgétaires, des infrastructures vieillissantes, des fermetures de programmes, une précarité étudiante grandissante : les effets de l’austérité se font sentir partout dans le réseau collégial. Au cégep de Saint-Laurent, on voit des bâtiments s’effondrer, un programme de francisation fermer, des employé·es surchargé·es et précarisé·es. C’est dans ce contexte que les étudiant·es se sont mobilisé·es à l’hiver 2026.
Reconstruire une culture de mobilisation
Il faut savoir que le mouvement étudiant québécois traverse depuis plusieurs années une période plutôt stérile comparativement à ce qu’il a connu par le passé, notamment en 2012 et en 2015. Le cégep de Saint-Laurent ne fait pas exception, malgré le rôle important qu’il a joué dans les mobilisations passées. Au cours des années précédant la mobilisation de l’hiver 2026, si l’Association étudiante du cégep de Saint-Laurent (AECSL) n’était pas inactive, elle demeurait assez discrète.
Lorsque, en assemblée générale, les étudiant·es votaient la grève, celle-ci était, à vrai dire, surtout symbolique : l’AECSL signait avec l’administration un contrat — lui-même symbolique — qui stipulait qu’il devait y avoir au moins cent personnes devant l’établissement avant 8 h pour que les cours soient levés. Ce seuil peinait souvent à être atteint. Plusieurs se souviendront de la panique qui nous happait à 7 h 45 lorsqu’il manquait des étudiant·es, et des appels téléphoniques désespérés que nous passions à nos ami·es des résidences encore endormi·es. Lorsque les cours étaient levés, les employé·es, y compris les enseignant·es, pouvaient malgré tout se rendre sur leur lieu de travail. En échange, les étudiant·es avaient accès à la Grande salle, où l’AECSL organisait des projections de films militants ou des cercles de discussion auxquels seule une poignée d’étudiant·es assistaient.
À la session d’hiver 2026, alors que la Coalition pour la résistance et l’unité étudiante syndicale (CRUES) mène une campagne contre l’austérité, l’AECSL décide de rompre avec cette tradition et de changer de stratégie. L’objectif : mettre fin aux grèves symboliques pour faire renaître une culture de mobilisation étudiante forte et franchement politisée, dans l’espoir de construire un meilleur rapport de force avec l’administration lors des négociations. Au cégep de Saint-Laurent, les effets de l’austérité sont visibles, palpables : l’enjeu se prête donc particulièrement bien à la mobilisation.
Or, les compressions budgétaires ne touchent pas seulement la population étudiante. Elles frappent également de plein fouet les employé·es du cégep, qui subissent une surcharge de travail attribuable notamment au manque de ressources et aux gels d’embauche. Cerise sur le gâteau : plusieurs d’entre elleux occupent des postes précaires et ne sont donc jamais certain·es d’avoir du travail l’année suivante. Une collaboration s’installe ainsi entre le comité d’organisation (CO) du cégep et l’AECSL, qui élargit ses revendications pour y intégrer celles des employé·es.
En vue de l’assemblée générale de grève, l’association étudiante lance une importante campagne d’information sur l’austérité, qui passe notamment par de l’affichage et par la publication de courtes vidéos sur Instagram. L’objectif de ces communications est d’abord de vulgariser l’enjeu et ses conséquences sur le cégep, puis de montrer que l’austérité est un choix politique. En mettant côte à côte les compressions budgétaires et les sommes investies par nos gouvernements au bénéfice des grands joueurs de l’économie, on cherche à montrer que l’austérité n’a rien d’inévitable : elle résulte de choix politiques qui placent le capital au-dessus du bien-être de la société.
La population étudiante vote en grand nombre en faveur d’une grève d’une semaine, plus longue que celle initialement envisagée par l’association étudiante. Au cours de l’assemblée, l’enthousiasme général nous gagne : on se retrouve ensemble dans une lutte et on ressent l’euphorie du changement.
Sans que ce mode d’organisation ait été planifié, la grève prend une forme très participative. En amont, des conseils de grève ouverts à toustes sont organisés. Sur le piquet, les membres de l’AECSL qui négocient avec l’administration rendent compte en toute transparence de l’état des négociations, tout en sondant la population étudiante sur la marche à suivre. Des vidéos récapitulatives publiées presque chaque jour permettent également aux étudiant·es de suivre l’évolution de la lutte et d’y prendre part directement.
On assiste ainsi à une mobilisation historique au cégep de Saint-Laurent, qui se traduit par un blocage dur et par une ligne de piquetage rassemblant plusieurs centaines de personnes. Des étudiant·es s’occupent spontanément de faire à manger, d’autres peignent des bannières ou jouent de la musique. Un sentiment de communauté se crée et se solidifie au fil de la semaine. Par la suite, plusieurs étudiant·es sont élu·es à l’exécutif de l’AECSL et la grève du 1er mai, malgré une campagne moins soutenue, se déroule facilement.
Perspectives et actions à venir
La mobilisation étudiante est souvent difficile à maintenir au collégial, notamment en raison du roulement très rapide de la population étudiante. Pour perdurer, les luttes doivent se renouveler à chaque session et demeurer accessibles, compréhensibles et, surtout, participatives. Si nous avons réussi à susciter une forte mobilisation l’hiver dernier, il nous reste encore beaucoup d’étudiant·es à rejoindre. Pour devenir un pôle incontournable au sein du cégep, l’AECSL doit diversifier ses activités afin que toustes puissent s’y reconnaître.
L’Association étudiante du cégep de Saint-Laurent porte des revendications anticapitalistes, antifascistes, écologistes, féministes et antiracistes. Pour que ces revendications soient plus que symboliques, l’AECSL doit aspirer à devenir un acteur de transformation sociale. Nous croyons que, si la grève constitue à la fois un moyen de pression important et un espace de mobilisation, elle ne peut être la seule forme d’activité politique des membres de l’association étudiante.
Il faut donc, entre les moments de grève, encourager une implication plus directe dans les luttes en cours. Cette implication peut passer aussi bien par des tactiques plus combatives — blocages, occupations, actions directes ciblées, etc. — que par l’engagement dans des initiatives de solidarité ou d’autonomie au sein de la communauté. Pour ce faire, nous croyons qu’il faut tisser des liens avec des organisations qui œuvrent sur le terrain — Offensive Populaire (OP), Greniers Agricoles, Alliance Ouvrière (AO), KM 134 — afin qu’il devienne facile, voire naturel, pour les étudiant·es de s’impliquer concrètement.
Au cégep, la session d’automne 2026 s’amorce avec l’annonce de la fermeture d’un nouveau pavillon. Il nous faudra donc continuer à lutter contre les effets de l’austérité au cégep de Saint-Laurent, tout en montrant qu’ils ne sont pas de simples accidents de parcours, mais le produit d’un système au service des classes dirigeantes. Parallèlement, en tissant des liens avec d’autres organisations, nous cherchons à inscrire les étudiant·es dans des luttes de transformation sociale assumées. Nous espérons ainsi montrer qu’il est possible non seulement de refuser un système qui nous délaisse, mais aussi de poser les bases d’un monde qui le dépasse.
Des membres de l’AECSL,
août 2026
